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Combien de temps ?

Courir après le temps, c’est le grand mal de notre société. Alors que les évolutions technologiques ont été pensées pour nous faire gagner du temps, notre rythme de vie s’est accéléré. La machine à laver nous fait gagner des heures de lavage à la main ? Certes, mais nous la remplissons sans relâche. Les transports ont diminué les distances entre les villes ? Oui, mais notre espace de vie s’est distendu et nous parcourons bien plus de distance qu’auparavant. C’est le cercle infernal, nous ne pouvons pas gagner. C’est le philosophe Hartmut Rosa qui explique ainsi cette accélération du temps.

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Et c'est le temps qui court, court...

Le temps, c’est de l’argent

Dans le monde du travail aussi, on manque de temps. Les règles ont changé depuis le Taylorisme, et pourtant nous sommes toujours soumis au contrôle imposé par temps. En agence de com, comme dans d’autres domaines, on estime la valeur d’une tâche au temps passé, temps lui-même facturé sur la base du coût horaire du salarié. Chaque tâche doit être évaluée en terme de temps, chaque journée est composée des morceaux de temps consacrés à telle et telle chose. Pression de ne pas finir à temps, de faire perdre du temps aux autres.

Calculer, maîtriser, planifier

Dans nos métiers, le système est biaisé dès le départ. On sait très bien qu’une heure ne vaut pas l’autre. La qualité du travail dépend de nombreux autres facteurs : la motivation, l’état d’esprit, l’inspiration du moment, le contexte. On ne produit pas mécaniquement la même chose sur un même temps donné.

Le temps digital

L’autre problème, c’est que cet instrument de mesure est totalement inadapté à la sphère digitale. Notre monde connecté est une matière vivante, en mouvement, qui défie les prévisions. Prenez le community management : du simple commentaire à l’immense bad buzz, difficile de tout planifier. Bien entendu, il est possible de prévoir des tendances de fond, la trame globale sur laquelle vont se tisser les évènements d’une journée. Mais la moitié du travail est fait de réactivité et d’adaptation, de micro-actions qui au final servent un objectif global. On ne produit plus, ou du moins plus seulement. On agit, on réagit.

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Vous avez 15 jours pour lancer le site.

Le temps de la création

Autre limite : la mesure du temps passé peut plus ou moins bien être appliquée au travail opérationnel, plus difficilement au travail stratégique. Et dans nos métiers, beaucoup de choses sont stratégiques, on ne fait pas de copié-collé. Combien de temps faut-il pour trouver LA bonne idée, imaginer une opération pertinente, développer le bon format digital ? Certains diront : faites un brainstorming d’une heure, et voyez ce qu’il en sort. Mais le brainstorming ce n’est pas seulement une affaire de temps, c’est de l’intelligence collective. Imposer une limite de temps peut être stimulant pour certains, et complètement inadapté pour d’autres. Prenez ce même groupe, donnez-leur une semaine pour penser au projet (un luxe !), avec des points d’étape réguliers, et vous verrez le résultat.

Laissez-nous flâner

Les balises de temps ne peuvent être qu’approximatives. La bonne idée n’est qu’une somme de petits moments glanés ici et là, qui prennent le temps de murir et de se confronter au réel. Je crois en la sérendipité, cette belle idée du papillonnage, de suivre un parcours que nous n’avions pas prévu. Ce concept n’est pas né avec le web, mais il a connu un nouvel essor. L’exploration n’est jamais du temps perdu.

Note : spéciale dédicace à notre DA Pierre-Antoine qui est resté stoïque lorsque je suis venue lui réclamer un gif d’Alliage.